La gestion des conflits par Jean Epstein

​Après "Frères et sœurs sans rivalité", on continue sur la gestion des conflits avec Jean Epstein qui est sur la même "ligne de conduite".

​Voici donc un article d'une explication de Jean Epstein, psychosociologue reconnu, sur la gestion des conflits des enfants. 

N'oublions pas également que pour qu'un enfant puisse gérer un conflit, il faut qu'il ait une estime de soi assez importante pour gérer cette situation. Je vous joins donc un pdf glané sur internet qui je pense est très bien construit pour expliquer l'agressivité et comment se construit l'estime de soi.


Pour un enfant, apprendre à se sociabiliser passe par une
foule d'acquisitions de tous ordres, entres autres par celles d'accepter de
partager, de prêter, de tolérer que tout ne lui appartienne pas. Et cela est
loin d'être gagné d'avance...

Le tout-petit, centre du monde, tend la main vers quelque
chose et aussitôt, on le lui donne.

Au cas ou les adultes ne réagiraient pas assez vite à son
gout, il suffit qu'il fonde en larmes et le monde s'accélère autour de lui pour
répondre à ses attentes.

C'est le bonheur total, le confort absolu.


Le petit explorateur


Un beau jour, il maitrise la marche et ses "pattes de
devant" sont rendues libres ! Ca tombe bien : comme sa peau est devenue très
sensible et que ses mains savent maintenant saisir et serrer des objets, il a
moins besoin de les porter a sa bouche pour les reconnaitre et devient
propriétaire de tout ce qu'il tient entre ses doigts !

Ce progrès sensori-moteur va, ainsi, lui permettre de
nouvelles explorations sociales.

Pour être certain que tout ce qui l'entoure est à lui, il
s'emploie à arracher aux autres enfants la moindre chose qui est en leur
possession.

A l'un il volera un jouet, à un autre sa cuillère, son verre
à un autres encore son doudou...

Et, tant que notre apprenti racketteur sera entouré de
congénères moins forts que lui, il s'affirmera, à travers ce comportement comme
étant le chef universel.

Malheureusement pour lui (mais heureusement pour la suite
!), un matin tôt va changer.
Il a 2 ans et demi, on l'emmène au square. Notre joueur (que
nous appellerons le joueur A) aperçoit un autre enfant (le joueur B).
Celui-ci, accroupi dans le sable, est en train de se servir
d'un matériel très convoité par le joueur A : un seau et une pelle.

Comme à l'accoutumée, il va prendre le jouet de l'autre qui,
normalement, devrait se mettre à pleurer sans réagir. Mais aujourd'hui, rien ne
se passe comme d'habitude : le propriétaire du seau, costaud et très en colère récupère
son bien et pour bien marquer son territoire, assène un coup de pelle sur la tête
de son adversaire.
Pour une fois, c'est le joueur A qui se mets à pleurer... de
douleur, de rage, de honte !

Combien de temps va t-il pleurer ? le temps qui lui est
nécessaire pour intégrer une valeur fondamentale, à savoir : " le monde
entier est à moi sauf son seau !".

En clair, il vient de comprendre, à ses dépens, que cet
autre enfant, cet étranger qu'il ne connaissait pas il y a quelques minutes
était nettement plus fort que lui.... et qu'il valait mieux se mettre en bons
termes avec lui.

Celui-ci deviendra illico son copain et notre joueur A
découvrira pour la première fois un type de sentiment, un mode de relation
qu'il ne connaissait pas : la relation dite "d'offrande". Il va
offrir a son ex-ennemi un jouet, un objet pour sceller leur amitié nouvelle.
Bien sûr, soyons réalistes, ce ne sera pas un de ses propres
jouets mais quelque chose qu'il va aller voler à un troisième joueur, à coup
sur moins agressif que le précédent.

Tiens, dans un recoin du square, il y a une petite fille en
train de jouer avec une poupée Barbie !qu'il va lui subtiliser pour la donner à
son nouveau meilleur ami qui, lui, ne manque pas de détruire la poupée en 2
secondes. "J'avais raison de me méfier de ce féroce!" pense notre
loupiot et, ainsi, nait le phénomène de "bande" : il propose à son
coéquipier d'aller, ensemble, lancer du sable dans les cheveux de la petite
fille qui, à son tour, va se mettre instantanément à pleurer... juste le temps
de s dire "oh la la ! ces deux-là, ce sont des terribles. Il faut que
j'essaie d'être copine avec eux". Et aussitôt, elle s'empressera d'aller
voler un jouet à un encore plus petit qu'elle pour l'offrir aux deux
"superman" afin de faire partie de leur groupe.

Nos trois enfants auront ainsi parcouru un grand pas sur le
chemin de la socialisation, entre autres à travers le fait d'avoir appris, par
eux-mêmes, à gérer une situation de conflit.
Il en aurait été tout autrement si, assis autour d'eux, il y
avait eu des parents ou des assistantes maternelles qui étaient intervenus trop
vite, bondissant de leur banc au premier signe de querelle en disant au joueur
A : "rends lui son seau tout de suite, au petit garçon ! le tien est près
de la poussette ! ". Si des adultes, portant un tee shirt avec la lettre Z
de Zorro (ou de Zidane!) avaient trouvé judicieux de régler le problème à la place
des enfants.

Remarque personnelle : Je me permets d'insister sur le fait
que, lorsque j'ai étudié les phénomènes de violence chez les jeunes, j'ai
rencontré bon nombre d'enfants "auto-violents", c'est à dire
retournant contre eux leur propre agressivité, parmi ceux qui, visiblement,
n'avaient jamais appris, dans leur petite enfance, à gérer des conflits et pour
qui les situations de ce type avaient toujours été réglées (à leur place) par
des adultes.

A travers l'exemple de nos deux joueurs, on voit donc
clairement apparaitre que, en apprenant à démêler des situations
conflictuelles, nos loupiots intègrent parallèlement des règles indispensables
à leur socialisation.

D'où l'intérêt que les adultes n'interviennent pas trop rapidement.
Mais attention, cela ne veut surtout pas dire qu'il ne faut jamais s'en mêler !
En effet, même si les conflits entre enfants sont, au final, globalement
positifs et constructifs, ils peuvent aussi, dans certains cas, générer dans
les groupes de gamins (y compris de tres jeunes) des phénomènes redoutables de
"souffre douleur", par lesquels un même enfant est, en permanence,
l'unique proie des autres.

Face à pareille situation, nous devons, à l'inverse, réagir
au plus vite en tant qu'arbitres pour ne tolérer d'aucune sorte que cet état
perdure.

par Jean Epstein
pdf
Nom du fichier : agressivit-et-developpement-de-lestime-de-soi.pdf
Taille du fichier : 635 kb
Télécharger le fichier

​En bonus, voilà le lien d'une vidéo de conférence par Jean Epstein également  "Même pas mal" très intéressante.

La semaine du goût c'est la semaine prochaine !
La vie secrète des parents... et des enfants

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Invité
lundi 26 juin 2017

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